Le point central
La copie certifiée conforme de la fiche d’inspection générale de 1900 porte, dans la rubrique « Langues étrangères », la mention manuscrite selon laquelle Constantin parlait couramment anglais et aurait étudié à Eton. Or Eton College a recherché son nom dans ses registres et a confirmé qu’il n’y avait jamais été élève.
La fiche d’inspection générale de 1900
Lors de la consultation du dossier militaire à Vincennes, l’original de la fiche n’était plus communiqué : le dossier contenait cette reproduction portant les cachets « copie certifiée conforme ». L’absence de l’original empêche désormais de comparer l’écriture contestée avec la pièce de 1900 telle qu’elle se présentait à l’origine.
« anglais courant (a étudié au Collège d’Eton) »
Cette annotation ne correspond pas à une simple nuance biographique : elle fabrique une éducation anglaise prestigieuse dont les archives d’Eton ne trouvent aucune trace. Elle participe ainsi à la transformation du parcours réel de Constantin en un récit socialement valorisant.
Le démenti du collège d’Eton
Les registres des élèves d’Eton existent depuis 1791 et couvrent donc toute la période pendant laquelle Constantin, né en 1845, aurait pu y étudier. L’établissement indique disposer de la liste complète des élèves pour cette période.
Après recherche, les archives du collège ont répondu que le grand-père de Luc Cheynet — Constantin Félicien Cheynet — n’avait jamais été élève à Eton. L’affirmation portée sur la fiche militaire est donc matériellement contredite par l’institution concernée.
La carrière réelle de Constantin Félicien Cheynet
La carrière authentique de Constantin est abondamment documentée et n’a nul besoin d’être embellie. Son dossier de Légion d’honneur, intégralement numérisé, le désigne partout sous son nom véritable : CHEYNET, sans particule « de Beaupré ».
Né le 10 octobre 1845 à Rochemaure, il entre au service le 30 septembre 1866 comme deuxième canonnier. Il gravit ensuite tous les échelons de l’artillerie jusqu’au grade de chef d’escadron.
Promu brigadier.
Nommé sous-lieutenant au 36e régiment d’artillerie.
Promu capitaine en premier.
Affecté au 6e régiment d’artillerie.
Rayé des contrôles et admis à faire valoir ses droits à la retraite comme chef d’escadron.
Deux références officielles permettent de poursuivre la vérification : le dossier de Légion d’honneur LH//526/85 et le dossier d’officier du Service historique de la Défense GR 6 Yf 21699.
Marcel Cheynet, mort pour la France
Marie Jean Eugène Marcel Cheynet, fils de Constantin Félicien Cheynet et de Marie Henriette Louise Vinson, naît à Grenoble le 2 janvier 1885. Clerc de notaire dans la vie civile, il accomplit son service au 99e régiment d’infanterie et devient officier de réserve en 1908.
Lieutenant de réserve depuis 1913, il rejoint le 87e régiment d’infanterie le 4 juin 1915. Le 22 juin, aux Éparges, il conduit sa section à l’assaut, combat lui-même au fusil et tombe mortellement frappé à quelques mètres de l’objectif. Cette action lui vaut une citation à l’ordre de l’armée publiée en 1916.
Marc Cheynet dans la Grande Guerre
Marie Louis Marc Cheynet (1888–1975), autre fils de Constantin, a laissé une correspondance militaire suivie de décembre 1916 à juin 1919. Ces lettres donnent le récit direct d’un simple soldat d’infanterie, très loin des reconstructions nobiliaires ultérieures.
Soldat de deuxième classe au 17e régiment d’infanterie, 27e compagnie, à Grignan.
Passage par Saint-Dizier avant la poursuite de son parcours au front.
Combats autour de Thiescourt ; ses lettres décrivent les lourdes pertes subies par son unité.
Participation à l’attaque du canal de la Sambre à l’Oise.
À la frontière belge au moment de l’armistice.
Toujours en attente de démobilisation à Roanne, après son passage au 6e RI et son détachement au 98e RI.
Sources
- Archives nationales, base Léonore, dossier de Constantin Félicien Cheynet, notice 81123, cote LH//526/85, 16 vues.
- Service historique de la Défense, inventaire GR 6 Yf, dossier Constantin Félicien Cheynet, cote GR 6 Yf 21699.
- Eton College Collections, College Archives, présentation des registres complets d’élèves depuis 1791 ; lettre de réponse reproduite sur cette page.
- Mémoire des hommes, fiche de Marie Jean Eugène Marcel Cheynet.
- Archives départementales du Rhône, fiche matricule de Marcel Cheynet, classe 1905, Lyon central, matricule 1.
- Correspondance militaire de Marie Louis Marc Cheynet, du 5 décembre 1916 au 5 juin 1919, conservée dans le fonds documentaire familial.